Le Berger
- 1 févr. 2016
- 4 min de lecture

Ebloui par la beauté singulière de la photographie qui a inspirée cette toile, je voulais rendre un hommage à mes origines somaliennes, du côté maternel. Et quoi de mieux que de le représenter dans l'allure et la dignité, d'un berger, un nomade, ce chevalier des monts, déserts et savanes, sans peurs et sans reproches. Ce voyageur à la recherche constante de l'alchimie de l'existence, dont la sagesse traversent les siècles à travers la parole lyrique et la pensée religieuse. Un univers où l'idéal humain prône le respect et l'estime de son prochain, primant sur les nécessités du besoin et de la précarité. Une représentation où chaque africain se reconnaîtrait.
Je la voulais grande, cette toile. Toutes mes grandes toiles étaient peintes, seule une toile de lin (116x89 cm) avec une structure en bois léger restait. Je la voulais plus grande. Cela ne m'a pas arrêter de continuer sur ma lancée. Je décidai de la réaliser en une seule assise, "ALLA PRIMA" en language académique, qui veut tout simplement dire sans interruption, sinon quelques arrêts pour me restaurer ou chatter sur les réseaux sociaux, des minutes qui me permettent de revenir avec un oeil plus frais sur une grande surface.
L'idée principale qui m'a suivi tout au long de cette aventure est celle d'un front haut, un menton ferme, une corpulence et le regard d'un roi, dans l'âme, avec cette symbolique des couleurs: le blanc pour la sagesse et le droit, tandis que le rouge évoquera la force et la guerre; et la dualité prédominante, permanente, du soleil et de la lune, du jour et la nuit, de la lumière et l'ombre, du corps et de l'âme, du bien et du mal... cycle éternel.
Il faut dire que j'ai failli m'arrêter de peindre cette toile et le pourquoi est dans cette anecdote, je partage avec vous ce flottement, non sans un sourire.
En effet, je dois dire que cette toile m'aura permis d'en apprendre sur mes origines somaliennes. Lors d'un échange avec un expert en culture djiboutienne, monsieur Harbi Omar Shirdon Abbas (cf texte ci-dessous), je me suis aperçu que résidait en fait un grand flou concernant ma connaissance dans le domaine. Je pensais être un "Issa Idagalé", ces guerriers qui se terrent dans le sol en attendant que leurs ennemis leur passent dessus avant de bondir sur eux... Bref, comprenez que de ma situation de monsieur sérieux et devant en connaître un minimum sur mes origines, je me suis retrouvé comme un huluberlu devant le :"si tu es Idagalé, tu ne peux pas être Issa, mais Issaq"... Euh...?!?! En fait c'est "Issaq Idagalé". Cette petite lettre "q" en plus au bout du mot "Issa", ne pèse peut-être pas grand chose, mais elle a son importance, claniquement parlant: "(..) cela veut dire que le sous clan Ciidagale (transcription somalie pronconcée Idagalé) est du clan somali appelé Isaaq. Ce sont des guerriers mais Ciida (prononcé "Ida") ne signifie pas terre. C'est un abus de langage pour les critiquer un peu." Un clan que l'on retrouve principalment en Somalie et en Ethiopie, moins à Djibouti: "les Isaaqs sont subdivisés en deux groupes qui comprennent quatre clans chacun: un groupe "Habar Xabousheed", dont Ahmed "Toljecle" est l’ainé, Moussa "Habar Jeclo", Mohamed "Imraan" et Ibrahim "Sambuur"; deux groupes "Habar Magaado" (Habar Awal, Ayuub, Garxajis) comprenant deux sous clans Said "Habar Yoonis" et Daoud "Ciidagale", et enfin les Arabes. Les Ciidagale sont du clan fédéré des "Garxajis" avec les "Habar Yoonis". Ce sont des guerriers redoutables, qui vivent dans la région du Nord Ouest du Somaliland ou se trouve à Hargeisa où ils occupent la moitié de la ville, comme dans les villes Salaxley et de Toon."
Aggrémentée de franches rigolades, nous continuâmes notre discussion, puis je posai la question de savoir si leurs tenues vestimentaires différaient, et j'appris que non. Ouf, je pouvais continuer ma toile, le coeur léger et plus déterminé encore...
... Et finalement, plus de 36 heures de travail continu en atelier...
Une fois finie, elle a inspirée un texte et un poème, que je vous invite à lire ci-après:
Le texte, d'abord: "Une haute stature, la précision dans le détail vestimentaire rustique, un visage émacié et allongé, un nez aquilin, la finesse des traits, les pommettes saillantes, des sourcils broussailleux et des joues creuses reflétant l'austérité et la rudesse des conditions de vie des pasteurs nomades qui guerroient pour protéger qui un puit, qui un petit pâturage ou encore quelques têtes de bétail qui ont survécu de justesse à la dernière sécheresse. De surcroît, un sentiment de noblesse, de dignité et de défiance par rapport au sort que les éléments lui réserve s'exhale de cette oeuvre de Maitre Moubine qui représente un guerrier pasteur Somali. Cependant, hormis quelques infimes détails, je mets au défi qui que ce soit de trouver la moindre différence entre un guerrier Somali et un guerrier Afar en contemplant cette peinture de superbe qualité. Et c'est là que le Maestro se distingue, en quelque coups de pinceaux, il a su contourner les difficultés que réserve l'objectif initial par rapport à un contexte bien plus complexe. Je tire mon Chapeau Bas au Maestro! Bravissimo!" - Harbi OMAR SHIRDON ABBAS - Coordination Specialist in the UN Resident Coordination Office of Djibouti -critique littéraire - amateur d'art - historien amateur et expert en culture d'Afrique de l'Est.
Puis ce poème par une écrivaine djiboutienne, en l'illustre personne de madame Hibo MOUMIN ASSOWEH, directrice de l'Université de Djibouti, Docteure en Sciences littéraires générales et comparées, Etudes de littératures françaises et comparées au CIEF de Paris Sorbonne, Maître de conférences en littérature française et littératures francophones à la FLLSH, et directrice du Centre de Recherche Universitaire de Djibouti (CRUD, dont voici le poème:
Tête hautement perché
Sur un cou gracile
Fort et fragile
Cheveux au carré
Droiture de la tête et du menton
Visage long et altier
Au regard fixe et fier
Lèvres charnues et tendres
Bijoux de perle et de nacre
Drapé dans sa couleur d’antan
Et les symboles de son temps
De sa main gauche tenant le bâton
Pour tracer son chemin et garder le mouton
De sa main droite il tient autant
Le poignard arme de persuasion
De toute sa splendeur majestueuse
Mon nomade
Vous rappelle
Le respect de l’héritage
Culturel et traditionnel
Tel un gardien du patrimoine
Vous invite
A le dire aux autres
Pour partage
Et communion
A quel point
Il apporte au monde
Son moi riche et fécond




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